Cinquième secrétaire d'arrondissement interrogé dans le cadre de notre série d'interviews, François Vial (XIVe) :
1 / Quel est votre parcours au FN ?
Sympathisant depuis les années 90, j’ai adhéré en 2007, au plus fort de la période difficile que connaissait le Front national sur le plan financier, et alors que de nombreux politiques et journalistes prédisaient – et s’en réjouissaient – la « mort » du FN. Je ne voulais pas voir disparaître le parti de Jean-Marie Le Pen sans avoir tenté d’apporter ma pierre à sa survie. Dès mon adhésion, je me suis lancé dans le militantisme de terrain ; dans le XVIIIe arrondissement où je vivais alors, puis dans le XIVe, lorsque j’y ai emménagé. Début 2010, lorsque le responsable local, Jacques Souchet, a souhaité prendre du recul, j’ai été sollicité pour lui succéder, et je remplis depuis le rôle de secrétaire d’arrondissement.
2 / Existe-t-il selon vous des caractéristiques propres à l’arrondissement dont vous êtes responsable, et qui justifieraient une approche particulière dans votre action ?
Contrairement à des arrondissements très marqués sociologiquement dans un sens ou l’autre – XVIIIe ou XVIe par exemple –, le XIVe présente une composition assez mixte : quartiers tranquilles (Denfert-Rochereau, Alésia…) et secteurs plus agités (Raymond Losserand, Porte de Vanves…) s’y côtoient en effet. Les actions de terrain, thématiques de tracts et discussions doivent donc être adaptées, autant que possible, à la population à qui nous nous adressons : rien ne sert par exemple d’alerter sur l’insécurité se développant dans le sud de l’arrondissement, si l’on a affaire à une personne vivant dans un quartier préservé… Et vice-versa ! En ce sens, les adhérents constituent une vraie ressource, puisqu’ils connaissent leur arrondissement, l’ont souvent vu évoluer, et sont donc à même d’apporter une aide précieuse dans l’appréhension du travail à réaliser.
3 / Paris est depuis longtemps considéré comme une « terre de mission » pour le Front national, notamment en raison de la composition sociologique de la ville, et de la politique menée depuis 10 ans par Bertrand Delanoë. La nouvelle dynamique enclenchée par Marine Le Pen vous paraît-elle susceptible de changer cet état de fait dans la capitale ?
Paris semble parfois vivre et penser à rebours du reste du pays… En 2005, la capitale avait ainsi largement voté en faveur de la Constitution européenne ; lors des élections européennes de 2009, les écologistes avaient atteint un score de 30 % ; plus récemment, le vote parisien pour les primaires socialistes avait porté en tête… Martine Aubry ! La déconnexion d’avec le pays réel est donc effective. Ceci est grandement dû à la volonté délibérée de Bertrand Delanoë de chasser les classes moyennes de « sa » ville : le vote de cette frange de population est sans doute empreint de trop de bon sens, ou trop fluctuant aux yeux du Maire de Paris. Ce dernier fait donc en sorte de favoriser ses deux électorats de prédilection : les bourgeois-bohêmes – bobos – qui vivent dans les quartiers chics de la capitale, ignorant tout des problèmes de la France qui souffre, et les personnes bénéficiant d’aides sociales, dont le cumul leur permet de vivre à Paris intramuros avec un minimum d’efforts. Les bobos sont le plus souvent propriétaires, et sont en conséquence choyés par Delanoë, puisqu’appelés à rester dans la ville, ils ont généralement tendance à « bien » voter ; les bénéficiaires de minima sociaux, par-ailleurs souvent chefs de famille nombreuse, monopolisent les logements HLM et ne se montrent pas ingrats – lorsqu’arrive le moment de voter – envers ceux qui les leur attribuent. Dans les deux cas, l’équipe municipale bichonne un électorat captif, ce qui lui permet d’espérer un long bail à l’Hôtel de ville…
Cette situation ne doit pas conduire au découragement. L’action nationale de Marine Le Pen, ainsi que les efforts déployés sur le plan régional par la vice-présidente Marie-Christine Arnautu – et relayés par la fédération de Paris – autorisent l’espoir d’un renversement de tendance. Comme tous les français, les parisiens sont inquiets, se posent des questions, attendent des réponses : il ne tient qu’à nous de les informer quant aux solutions préconisées par le Front national. Ce travail de longue haleine peut se révéler difficile, voire ingrat, mais il demeure indispensable. Quand bien-même n’en goûterions-nous pas les fruits nous-mêmes, nos enfants bénéficieront de ce labeur.
4 / D’après vous, quelles sont les actions à entreprendre au niveau local, afin que Paris continue à retrouver des couleurs patriotes ?
En politique, comme dans la vie, il n’existe pas de recette magique : du travail, encore du travail, toujours du travail ! Militer « à l’ancienne », en collant des affiches, en distribuant des tracts sur les marchés ou dans les boîtes à lettres, en provoquant des discussions, est une stratégie qui a fait ses preuves : ce n’est pas un hasard si tous les partis continuent à l’appliquer ! Poursuivre le développement de la communication, interne et externe, par internet présente également des avantages : réactivité, effet de masse, gratuité… Il en va de même concernant les réseaux sociaux, probablement amenés à jouer à l’avenir un rôle grandissant dans les élections (voir la campagne d’Obama aux Etats-Unis en 2008) : de Facebook à Twitter, en passant par les forums thématiques et journaux collaboratifs en ligne, aucun mode de diffusion de nos idées ne doit être négligé. On peut ajouter à cela des actions coup-de-poing, ponctuelles, dans le but d’attirer les médias et, là encore, de susciter le débat. Dans ces domaines, aucune idée n’est a priori vouée à l’échec, et mérite donc être expérimentée.
5 / Au-delà du cas parisien, comment envisagez-vous l’avenir du Front national dans les années qui viennent ?
Le FN est plus que jamais un parti enraciné dans le paysage politique français. Ses adhérents, ses sympathisants et ses électeurs ne se réfugient pas – contrairement à ce qu’affirment nombre de journalistes – dans un réflexe de protestation stérile : le vote Front national témoigne d’une adhésion réelle aux idées et priorités défendues par Marine Le Pen. Comme tous les partis, le FN connaîtra probablement, au fil des échéances électorales, quelques déceptions, mais aussi de beaux succès… Comme pour les autres partis, le cœur de son électorat se maintiendra, tantôt augmenté de soutiens nouveaux, tantôt diminué par la défection de ceux tentés par un quelconque chant des sirènes. La vie normale d’un parti de gouvernement…
Seule certitude à mon sens, le Front national arrivera tôt ou tard aux responsabilités nationales, desquelles découlera l’exercice de responsabilités régionales et locales. Le « plafond de verre » supposé limiter les ambitions frontistes a déjà commencé à se fendiller : il explosera bientôt. Dès 2012, ou un peu plus tard : lorsque les français seront prêts. Prêts à sortir de la sempiternelle alternance gauche-droite, prêts à braver la fatwa morale lancée par quelques éditorialistes et intellectuels bien-pensants, prêts à mettre leur confiance en Marine Le Pen et en son équipe. Cette équipe compte chaque jour de nouveaux talents, issus de toutes les couches de la société et de tous les milieux professionnels : c’est aussi avec eux que l’avenir se fera. Lancé sur de tels rails, l’avenir du FN peut être appréhendé sereinement et il commence… maintenant !